Au bord de l’eau, au fil des pages

Fondée en 1993 par Dominique-Emmanuel Blanchard, à Latresne, en même temps que la revue littéraire éponyme, la maison des éditions Bord de l’eau navigue plus que jamais voiles battantes sur les cours d’eau nationaux et internationaux.

C’est à Lormont, dans la résidence Hautefort, rue du Commandant Cousteau que Jean-Luc Vessy tient la barre du Bord de l’eau. Dans ce petit bâtiment, le commandant, montait à bord en 2001, mène la maison des éditions depuis 2007 selon un modèle éditorial fondé essentiellement sur les sciences humaines et sociales, avec une vingtaine de collection dirigées par des universitaires parisiens, rennais, bordelais et messins. Et l’équipage ne cesse de croître au gré des accostages : en Belgique, d’abord, La muette, éditeur créé en 2009 ; en Corse, ensuite, avec les éditions Spondi et à Nantes, enfin, l’année dernière, avec les éditions nouvelles Cécile Defaut. Au total, 30 marins et 80 livres par an. Sans compter, son rôle de conseiller éditorial pour l’institut national de l’audiovisuel ; celui de co-éditeur avec le Centre Pompidou et celui de fournisseur de livre « de temps à autre » à ERDF Paris. La carte du commandant de bord est très détaillée : philosophie, histoire des idées, économie politique, anthropologie, musique classique, sociologie, littérature, psychanalyse… « On est donc aujourd’hui le seul éditeur d’envergure international en Aquitaine de sciences humaines : on achète et on vend des droits dans le monde entier » corne le pilote sur le pont.

Castoriadis, Marx, Jaurès, Rimbaud.

Sur terre, perdu en forêt, il ne faut surtout pas tourner en rond mais aller toujours tout droit pour en sortir, a écrit le philosophe de La Haye en Touraine. Sur mer, les étoiles et les phares sont les seuls moyens pour se repérer. Et sur la carte du Bord de l’eau, il y en a 4 : Marx, Jaurès, Castoriadis et Rimbaud. « Nous essayons d’incarner une idée centrale : chercher à avancer les yeux ouverts » selon Jean-Luc Vessy, ancien professeur de philosophie, qui emprunte la fameuse expression à Hannah Arendt. Avant d’ajouter « la nécessité d’éclairer la clarté, parce qu’on peut être aveuglé. » Ainsi pour « féconder le monde », le Bord de l’eau y déploie toutes ses collections dont chacune « va sur son propre sentier pour faire monde commun. » Monde commun, bien sûr, mais à condition de travailler en commun. Et la maison d’édition lormontaise projette de travailler avec la plus grande maison d’édition allemande, Suhrkamp, fondée après la seconde guerre mondiale, afin de traduire la correspondance d’Adorno et de Kracauer, penseurs considérables dans l’histoire des idées. Jusque-là il faudra écoper et éviter les récifs. « On construit un modèle économique : l’édition ce n’est surtout pas du poker car on ne joue pas sur un coup. En tout cas, la nécessité de penser nos vies n’a pas changé : cette nécessité-là est devenue une urgence » conclut-il en apercevant les rivages de la Rive droite.

Texte et photo par Paul-Michaël Borgne

  1. echodescollines a publié ce billet