Théâtre militant au lycée Elie Faure

Les discriminations étaient sous les projecteurs et aux vues de tous sur la scène de l’amphithéâtre Molière. Ainsi mises en lumières et incarnées, enseignants et élèves ont appris ensemble à mieux les connaitre pour mieux lutter contre elles.

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Un acte illégal “ordinaire”

Sur la grande scène du lycée Elie Faure, les situations d’oppression se succèdent et se ressemblent fondamentalement. Chacune des situations de discrimination*, qu’elle ait lieu à l’entrée des établissements de loisirs ou bien lors d’un entretien d’embauche, fait l’objet d’une mise en scène interactive qui se veut pédagogique et mobilisatrice. “Comment la situation pourrait être modifiée ?” lance à la cantonade un professeur. “Il faudrait changer les videurs ou le patron de la boîte de nuit” répond un élève. “On remplace les videurs par des rentreurs" surenchérit un autre lycéen, provoquant alors les éclats de rire du public. Mais il s’agit bien d’une situation illégale mise en scène par les lycéens de 1ère ES et de STMG. Les contrevenants à la loi sont passibles de 3 ans de prison et de 4500€ d’amende pour les personnes physiques et de 32500€ pour les personnes morales ou entreprises, rappellent les membres du collectif Vivre Ensemble l’Egalité (VEE), créé en 2010 et situé depuis au centre social Génicart à Lormont. 

* Une discrimination est une inégalité de traitement fondée sur un critère prohibé par la loi (âge, sexe, origine, religion…).

 Acte 1, scène 1

- “80% des employeurs ont préféré embaucher une personne de “type hexagonal ancien” annonce immédiatement un des membres du collectif lors de la scène consacrée à la discrimination à l’embauche.

- “Je ne vois pas comment on peut réagir : c’est leur mentalité et on ne peut pas trop changer ça. Et comment fait-on en entretien ?” demande un élève avant que son interlocuteur ne lui réponde qu’il s’agit d’un acte illégal et qu’il doit porter plainte.

Quelques murmures se font entendre. Le scepticisme du jeune public est palpable.

-“Vous devez prendre conscience qu’il s’agit d’un acte illégal puni par la loi. Rendez-vous compte si à chaque fois celles et ceux qui ont lutté s’étaient dits qu’ils ne pourraient rien changer, alors, aujourd’hui, les droits des femmes n’existeraient pas, ni le mariage homosexuel” clame l’un des membres du collectif.

Le doute plane toujours dans le public.

- Un élève prend la parole : “Si on se mobilise, les entreprises vont faire attention et on ne changera pas leur mentalité. La loi pour le mariage pour tous n’a pas fait changer d’avis ceux qui étaient contre”.

- “On ne va pas réprimander celui qui a volé un scooter : il va être condamné. Nous, nous disons que les discriminations sont illégales, pourtant rien n’est mis en place : la loi est inapplicable en l’état ! ” explique un membre du collectif.

- “Nous devons nous mobiliser : il faut que les choses viennent d’en bas. Il faut établir un rapport de force et des moyens de pression ” conclut-il en invitant les lycées à rejoindre le collectif.

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Vivre ensemble l’égalité à Lormont


Pour cette seconde édition, le collectif VEE, l’association Didée, la Cie de théâtre Les Enfants du Paradis et le lycée ont souhaité rendre les choses plus interactives, non seulement à destination des élèves mais aussi des enseignants. “Il s’agit aussi pour nous de prendre conscience que nous discriminons sans vouloir le faire : on peut être parfaitement de bonne foi. En réfléchissant, on constate qu’à partir du moment où l’on a du pouvoir, on est potentiellement discriminant” explique Gérard Clabé, enseignant d’histoire-géographie au lycée. Le professeur craint également la banalisation des discriminations : le risque étant de voir ces injustices devenir une norme. Mais c’est sans compter sur le travail d’in-formation du collectif lormontais VEE, présent aussi dans la salle, ce matin-là. Depuis deux ans, les jeunes membres du collectif sensibilisent sur les terrain les discriminés et les discriminants : l’objectif pour eux étant de faire de la publicité aux lois qui sanctionnent les discriminations, notamment la loi n°2001-1066 du 16 novembre 2001 et les articles 225-1 à 225-4 du Code pénal. Jusqu’au 1er mai 2011, date à laquelle elle a été dissoute, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) pouvait être saisie par quiconque avait été victime de discrimination. Aujourd’hui les missions de la Halde ont été transférées aux Défenseurs des droits qui doivent veiller au respect de la loi dans le fonctionnement des services publics. 

Texte et photos : Paul-Michaël Borgne